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Mortagne sur Sèvre

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Hagietomamophilie : comprendre la fascination pour les personnes considérées comme saintes

Religieuse âgée en prière dans une chapelle en pierre, illustrant la dévotion et la sainteté perçue dans l'hagiotomamophilie
5 minutes

L’hagietomamophilie désigne une fascination marquée, parfois teintée d’érotisme, pour les personnes considérées comme saintes. Le terme circule dans les listes de paraphilies rares sans qu’aucune classification clinique officielle ne lui consacre d’entrée propre. Que recouvre-t-il exactement, et comment le situer par rapport aux cadres diagnostiques actuels ?

Paraphilie, trouble paraphilique et hagietomamophilie : distinctions cliniques

Le mot se décompose en trois racines grecques : hagios (saint), tomame (folie, passion) et philia (attirance). Il renvoie à un attrait sexuel ou affectif intense dirigé vers des figures perçues comme sacrées, qu’elles soient canonisées, béatifiées ou simplement entourées d’une aura de sainteté.

Les classifications psychiatriques actuelles ne mentionnent pas l’hagietomamophilie en tant que catégorie autonome. Pour comprendre l’hagietomamophilie, il faut la replacer dans le cadre plus large des paraphilies, c’est-à-dire des intérêts sexuels atypiques.

Un intérêt atypique ne constitue pas automatiquement un trouble. La distinction introduite par le DSM-5-TR et reprise dans l’ICD-11 sépare la paraphilie (intérêt) du trouble paraphilique (souffrance cliniquement significative, altération du fonctionnement ou risque pour autrui). Un fantasme centré sur des figures saintes ne relève donc d’un diagnostic que si des critères supplémentaires sont remplis.

Critère Paraphilie (intérêt) Trouble paraphilique
Nature Attrait sexuel atypique Attrait sexuel atypique + souffrance ou préjudice
Détresse Absente ou liée uniquement à la stigmatisation sociale Détresse intrinsèque, non réductible au rejet social
Fonctionnement Préservé Altéré (vie sociale, professionnelle, relationnelle)
Risque pour autrui Absent Possible (selon la paraphilie concernée)

L’ICD-11 précise que la détresse liée au seul rejet social ne suffit pas à poser un diagnostic. Ce point est déterminant pour l’hagietomamophilie : la honte ressentie face à un entourage religieux ne constitue pas, à elle seule, un marqueur clinique.

Pèlerin agenouillé devant un sanctuaire de bord de route en Europe du Sud, représentant la vénération des figures saintes

Racines historiques de la vénération des saints et glissement vers la fascination

La fascination pour les saints n’est pas née dans un cabinet de sexologie. Elle s’enracine dans des siècles de pratiques dévotionnelles qui ont façonné un rapport très physique au sacré.

Le culte des reliques, documenté dès le haut Moyen Âge, reposait sur l’idée que le corps du saint conservait une puissance spirituelle après la mort. On embrassait des ossements, on portait des fragments textiles sur la peau, on dormait à proximité de tombeaux. La stratégie pastorale de figures comme Grégoire de Tours visait même la récupération chrétienne de la mémoire païenne, intégrant des gestes rituels préexistants dans un cadre catholique.

Ce rapport tactile et émotionnel au corps saint a produit, au fil des siècles, un répertoire iconographique saturé de sensualité. Les représentations de l’extase mystique, de Thérèse d’Avila à Marie-Madeleine, jouent sur une ambiguïté entre ravissement spirituel et abandon charnel que l’histoire de l’art a largement commentée.

  • Le contact physique avec les reliques (baisers, attouchements, port sur le corps) normalisait un rapport intime au sacré.
  • L’iconographie de l’extase mystique mêlait volontairement registre spirituel et registre sensuel.
  • Les pèlerinages créaient des espaces où l’émotion collective intensifiait l’attachement aux figures saintes.

La frontière entre dévotion intense et fascination érotisée n’a jamais été étanche. Les autorités ecclésiastiques elles-mêmes ont régulièrement tenté de canaliser des débordements jugés excessifs, preuve que le glissement existait bien avant qu’un néologisme ne le nomme.

ICD-11 et DSM-5-TR : deux référentiels, deux logiques

Un article sur les paraphilies rares ne peut pas traiter l’ICD-11 et le DSM-5-TR comme des synonymes. Les deux systèmes organisent les catégories de troubles paraphiliques selon des logiques différentes, ce qui a des conséquences directes sur la manière dont un phénomène comme l’hagietomamophilie pourrait être évalué.

Le DSM-5-TR, publié par l’American Psychiatric Association, maintient des catégories spécifiques (fétichisme, voyeurisme, etc.) et une catégorie résiduelle pour les paraphilies non listées. L’hagietomamophilie tomberait dans cette catégorie résiduelle, ce qui signifie qu’elle ne bénéficie d’aucun critère diagnostique propre.

L’ICD-11 de l’OMS adopte une approche plus dimensionnelle. Elle distingue les troubles paraphiliques impliquant des personnes non consentantes de ceux centrés sur des objets ou des situations. L’accent est mis sur le préjudice plutôt que sur la nature de l’intérêt lui-même.

Les deux cadres convergent sur un point : la simple présence d’un intérêt sexuel atypique ne justifie pas une intervention clinique. Le passage au trouble requiert une souffrance documentée ou un risque concret. Pour une paraphilie aussi marginale que l’hagietomamophilie, la probabilité qu’elle fasse l’objet d’une recherche clinique dédiée reste faible.

Groupe de visiteurs contemplant des reliques religieuses dans un musée ecclésiastique, illustrant la fascination culturelle pour les figures saintes

Hagietomamophilie et stigmatisation : le piège du diagnostic sauvage

Le principal risque associé à ce terme ne se situe pas dans la pratique clinique, mais dans son usage courant. Les listes de paraphilies « étranges » circulent largement en ligne, souvent présentées sur un ton sensationnaliste. L’hagietomamophilie y figure aux côtés de dizaines d’autres termes, sans contexte ni nuance.

Cette exposition produit deux effets. D’abord, elle pousse certaines personnes à s’auto-diagnostiquer un trouble là où il n’y en a pas. Ensuite, elle alimente une confusion entre déviance sociale et pathologie, alors que la désapprobation morale d’un intérêt ne suffit pas à en faire un trouble mental.

  • L’auto-diagnostic à partir de listes en ligne ignore la distinction paraphilie/trouble paraphilique.
  • La stigmatisation religieuse amplifie la détresse sans qu’elle soit intrinsèque au phénomène.
  • L’absence de recherche clinique sur l’hagietomamophilie rend toute affirmation catégorique prématurée.

Le cadre posé par l’ICD-11 offre une grille de lecture plus utile que le terme lui-même. Plutôt que de cataloguer une attirance par un néologisme grec, l’évaluation clinique gagne à se concentrer sur la présence ou l’absence de souffrance réelle et sur le fonctionnement global de la personne concernée. Le mot existe, la catégorie diagnostique, elle, reste à construire.

Hagietomamophilie : comprendre la fascination pour les personnes considérées comme saintes